JO 2016
Tous les articles

Yoka: "Je ne pouvais pas chier dans la colle"

par La rédaction
Yoka

Publié le 21 août 2016 à 22:35

C’était attendu, encore fallait-il le faire: Tony Yoka est devenu champion olympique des poids super-lourds ce dimanche à Rio. Un aboutissement pour le boxeur parisien qui n’imaginait pas d’autre scénario et s’apprête à se tourner vers une carrière professionnelle. 

Tony, mission accomplie ?
Oui, on était venus pour deux médailles d’or avec Estelle, on l’a fait. Avec toute l’équipe, on a fait des JO magnifiques – six médailles au total, toutes méritées – et on tient à dédicacer toutes ces médailles à Alexis Vastine. Aujourd’hui j’ai le sentiment du devoir accompli. Je suis champion du monde, je suis venu pour le titre olympique, j’ai montré en gagnant les deux titres que j’étais un grand champion. J’ai assumé.

Que représente cette médaille pour vous ?
Toute ma vie… Je suis né dans la boxe, contrairement à d’autres qui sont dans le milieu depuis quelques années seulement. Toute ma famille boxe, j’ai toujours baigné dedans. Depuis que je suis petit, mon père me dit: "Un jour, tu seras champion olympique", je le prenais pour un fou… A Londres, je n’étais pas assez mature alors il m’a dit: "En 2016, la médaille d’or sera pour toi". J’ai toujours voulu rendre mon père et ma famille fiers. Avant de monter sur le ring, je me suis dit qu’il fallait démontrer que j’étais un vrai homme, en assumant mes paroles.

Il n’y avait pas d’autre scénario possible aujourd’hui…
Avec Estelle, on s’était dit que s’il y en avait un qui merdait, ça ne ferait pas beau… Elle est devenue championne olympique, je ne pouvais pas chier dans la colle et tout gâcher. Il fallait que je sois la dernière médaille d’or française, dommage que les handballeurs aient perdu mais je suis super fier d’être le successeur de Brahim Asloum, 16 ans après.

N’était-ce pas difficile d’assumer votre statut d’ultra-favori ?
Non, un vrai champion ce n’est pas celui qui arrive en haut, c’est celui qui y reste. Teddy (Riner) avait perdu en 2008, il est revenu en 2012 et a assumé son statut de favori. Pareil en 2016, en étant porte-drapeau en plus. C’est un grand champion qui m’a beaucoup inspiré. Aux Championnats du monde (2015), on ne m’attendait pas forcément et j’ai gagné le titre. Je suis arrivé ici avec l’étiquette de n°1, ce n’était pas facile à porter mais je savais que ce serait encore plus beau d’annoncer que je serais champion olympique et de le devenir ensuite.

"J’ai fait le tour de la boxe amateur"

La cheville a bien tenu…
Oui, ça a été (il s’était tordu une cheville en demi-finale). Je me suis dit que c’était dans la tête. En demie, le docteur voulait arrêter le combat parce qu’il avait vu ma cheville partir… J’ai fait une écho après et j’ai un ligament arraché mais il fallait que ça tienne jusqu’au bout. Obligé.

Avez-vous conscience de la pub que vous faîtes pour la boxe à travers ces Jeux réussis ?
On a une équipe qui bosse dans l’ombre depuis longtemps, on n’a pas eu de résultats en 2012, il y a eu un petit creux et on a sorti la tête de l’eau. On a montré qu’il fallait compter sur nous, qu’on était une grosse équipe, très solide. On part d’ici avec six médailles sur dix possibles, dont deux en or, c’est magnifique !

De grands noms de la boxe sont passés par là aussi avant de devenir professionnels…
J’ai toujours voulu marquer l’histoire de mon sport, je regardais les cassettes de mon père (Victor Yoka, un ancien boxeur professionnel), de ses grands moments, je voulais faire partie des champions comme lui. Pour ça, il ne fallait pas se rater aujourd’hui. Un combat pro, tu peux le perdre, et gagner la fois suivante, alors que les JO, c’est une fois tous les quatre ans, on ne peut pas se louper. Maintenant, je sais que je suis sur les traces des plus grands champions.

Quelle sera donc la suite pour vous désormais ?
J’imagine la suite en professionnel, forcément. J’ai fait le tour de la boxe amateur en devenant champion du monde et olympique. Je vais faire comme Anthony Joshua, champion olympique à Londres et qui est aujourd’hui la super star des poids lourds. Lui l’a fait, pourquoi pas moi ? C’est un bon objectif à atteindre.